Un vent mauvais souffle sur la campagne présidentielle depuis quelques jours. Les insultes, les menaces et les anathèmes pleuvent alors que la compétition commence à peine. Quel est l’objet de la discorde ?
La réindustrialisation, si nécessaire pour l’emploi en France ? L’Instruction publique, si indispensable pour nos enfants ? La sécurité, si primordiale pour nous tous ? La revitalisation de notre modèle familial, si essentielle pour notre pays ? La souveraineté scientifique et technologique, si cruciale pour notre compétitivité dans le monde de demain ?
Pas du tout. Il s’agit de se demander s’il faut verbaliser les femmes voilées dans la rue.
Loin de moi l’idée de balayer négligemment ce sujet, qui mérite la réponse argumentée qui va suivre. Il est parfaitement légitime de réaffirmer l’importance de la laïcité, qui a vocation à fédérer les Français, et il n’est pas de pire façon de faire de la politique que de mettre sa tête dans le sable, comme l’autruche qui ne voudrait pas voir les problèmes. Reconnaissons néanmoins que cette question occupe une place quelque peu disproportionnée au regard des enjeux auxquels notre pays est confronté.
La France est une belle, une grande, une généreuse idée. Elle puisait jadis sa force dans une diversité qu’elle parvenait toujours à intégrer en en tirant le meilleur. Aujourd’hui, la grandeur et le modèle se sont évanouis. Face à ceux, insupportables de relativisme, qui affirment que tous les comportements se valent, ou à ceux qui envisagent, au contraire, de rétrécir la France à une vision fausse et tronquée de son Histoire, nous affirmons que notre pays doit se donner les moyens d’assimiler les populations qu’il accueille et de retrouver sa cohésion nationale.
C’est pourquoi, afin de prévenir toutes les dérives susceptibles de menacer notre cohésion républicaine, nous ferons voter une loi qui pénalisera toute atteinte au principe de laïcité. Il s’agira de bannir tous les signes d’appartenance religieuse dans les administrations au sens large, dans les universités comme à l’École et dans les hôpitaux. En outre, les entreprises pourront inscrire dans leurs règlements intérieurs une interdiction générale et absolue de porter tout signe religieux, et l’État les protégera contre toute pression communautaire.
En ce qui concerne la voie publique, il convient d’appeler au sérieux et à la rigueur intellectuelle sur des questions qui exacerbent les sensibilités. Depuis la loi du 9 décembre 1905, la France se définit comme une République laïque et permet notamment à ses habitants de croire, de ne pas croire ou de changer de religion. Cette laïcité peut être appliquée de façon plus ou moins souple, ce qui laisse notamment une marge aux partis politiques pour émettre des propositions.
La conception à laquelle nous souscrivons est celle d’un sécularisme très strict dans les lieux fermés où s’exerce une autorité publique au sens large. À cette séparation entre les institutions de l’État et les organisations religieuses, à cette défense absolue de tout prosélytisme, à cette interdiction de tous les signes cultuels dans les lieux décrits précédemment doit répondre une liberté vestimentaire dans la rue.
Il n’est pas raisonnable d’imaginer la police courir sur les boulevards après des citoyens au seul motif qu’ils porteraient un voile. L’explosion de l’insécurité est une chose beaucoup trop grave en France pour que nos forces de l’ordre perdent du temps en verbalisations intempestives. Et surtout, disons nettement qu’imaginer nos gardiens de la paix ne sanctionner qu’une seule religion serait parfaitement discriminatoire, inconstitutionnel et contraire même à l’idée de laïcité.
Il est tout à fait possible d’imaginer une laïcité plus sourcilleuse, qui promouvrait l’interdiction absolue de tous les signes religieux dans absolument tous les espaces publics en France. En plus de quelques difficultés à prévoir à Mayotte, cela signifierait qu’il faudrait dévoiler tout le monde. La loi s’applique en effet à tous, quelle que soit la religion.
Pour dire les choses simplement, la femme qui porte le voile musulman, l’homme qui arbore la kippa et la bonne sœur catholique seraient concernés par une loi qui deviendrait singulièrement tracassière et vexatoire.
Il existe un cas de figure dans lequel exempter de sanction une seule religion — la religion chrétienne, par exemple — serait possible, mais cela apparaîtrait parfaitement anachronique et absurde à notre époque. À rebours de toute notre Histoire récente, des dirigeants pourraient proclamer que la France redevient un pays chrétien. Toute personne séjournant dans notre contrée pourrait porter des signes chrétiens, quel que soit leur niveau d’ostentation.
Mais cela irait évidemment à l’encontre des principes fondamentaux de la laïcité. Et ce serait pour le moins surprenant au regard de la déchristianisation de notre pays, que l’on peut par ailleurs déplorer.
Plus sérieusement, il est temps de se mettre au travail, de porter un projet ambitieux, concret et solide, et de retrouver une France à nouveau debout, capable de défendre ses intérêts, d’affirmer ses valeurs et de retrouver sa place dans le monde.







