La France traverse un moment singulier. Tout flambe. Les prix d’abord. Les incendies ensuite. Et, plus profondément encore, c’est l’autorité publique qui semble vaciller.
Les Français, dans le silence le plus absolu, voient leur pouvoir d’achat rongé jour après jour. L’électricité, le gaz, le carburant, les assurances, les mutuelles, les loyers, l’alimentation : aucun poste de dépense n’échappe à la hausse. En quelques années, les dépenses contraintes ont explosé : l’alimentation a renchéri d’environ 20 % depuis 2021, de nombreux ménages ont vu leur facture d’électricité augmenter de 40 à 50 %, les contrats d’assurance et les complémentaires santé connaissent des hausses récurrentes de 5 à 10 %, tandis que les carburants demeurent à des niveaux durablement élevés.
Chaque facture rappelle que le quotidien coûte toujours davantage tandis que les salaires progressent trop lentement. Les classes moyennes s’appauvrissent, les plus modestes n’ont plus les moyens de consommer a minima, les retraités comptent chaque euro.
Le gouvernement souligne que l’inflation ralentit, toutefois, les Français, eux, savent qu’une inflation moins forte ne fait jamais redescendre les prix. Qu’il s’agit avant tout d’un leurre confortable.
Cette flambée intervient de surcroît dans un contexte économique particulièrement préoccupant :
– croissance restant durablement anémique,
– investissement ralenti,
– industrie peinant à retrouver son souffle,
– et spectre de stagnation, voire de récession, qui s’installe.
La promesse d’une prospérité retrouvée laisse place à une inquiétude diffuse : celle d’un pays qui doit travailler davantage mais pour vivre moins bien.
Mais, hélas, la France ne voit pas seulement les prix s’envoler. Elle voit aussi ses forêts brûler.
Du Var à la Gironde, en passant par la forêt de Fontainebleau, les incendies se multiplient et gagnent en intensité. Le dérèglement climatique accroît certes les risques, chacun le sait. Mais il ne saurait tout expliquer. Rendre la nature à la nature sans plus aucun souci de la maîtriser n’est pas une bonne chose. Alors qu’entretenir les massifs forestiers, c’est mieux.
De plus et surtout, un État digne de ce nom anticipe, prépare et équipe et neutralise. Il ne découvre pas les crises au moment où celles-ci éclatent, d’autant plus, s’il existait des précédents.
Or, face à une telle situation, les moyens apparaissent insuffisants.
La flotte de Canadair reste limitée – environ cinq à six appareils véritablement mobilisables en permanence selon les périodes de maintenance – alors que plusieurs de nos voisins méditerranéens disposent de capacités aériennes bien plus importantes.
Les moyens techniques et humains d’intervention sont rapidement saturés lorsque plusieurs foyers éclatent simultanément.
Les élus locaux, les sapeurs-pompiers et les habitants ont parfois le sentiment que l’État intervient davantage en réaction qu’en anticipation et se sentent dans certaines occasions, abandonnés.
À cela s’ajoute parfois une communication publique qui nourrit le doute au lieu de rassurer. Certaines prises de parole de responsables de l’État, notamment lors de la gestion des feux en Nouvelle-Aquitaine, ont suscité des critiques sur leur maîtrise de la situation.
Dans une crise majeure, la parole publique ne peut hésiter, improviser ou donner le sentiment de subir les événements. Elle doit incarner l’autorité, fixer un cap et inspirer confiance.
Toutefois, le véritable sujet dépasse pourtant les seuls incendies. Il touche à la capacité même de l’État à exercer ses missions fondamentales :
Protéger les citoyens.
Garantir leur sécurité.
Préserver leur niveau de vie.
Prévoir plutôt que réparer.
Décider plutôt que commenter.
Lorsque les prix flambent sans réponse durable, lorsque les feux se propagent malgré les alertes répétées, lorsque les services publics donnent le sentiment de courir derrière les crises, c’est une même interrogation qui surgit : qui tient encore la barre ?
Le général de Gaulle rappelait que l’autorité de l’État ne saurait être une posture mais la condition de la liberté de la Nation toute entière.
Un État qui n’anticipe plus, qui n’équipe plus, qui ne décide plus, finit par ne plus protéger. Et lorsqu’il ne protège plus, il cesse progressivement d’être reconnu comme la puissance souveraine sur laquelle la Nation peut s’appuyer.
La France n’a jamais attendu de son État qu’il soit spectateur. Elle lui demande d’être stratège, protecteur et maître des événements. Aujourd’hui, beaucoup de Français ont le sentiment inverse : tout s’embrase, tout augmente, et l’État paraît courir derrière les crises au lieu de les devancer.
Quand tout flambe, ce n’est pas seulement le pouvoir d’achat ou la forêt qui est menacé. C’est la confiance dans la puissance publique elle-même. Et lorsqu’un peuple doute de l’État, c’est toute la République qui s’affaiblit et vacille.








