Le Rassemblement Gaulliste - ni système ni extrêmes

Mardi 07 juil 2020

Face au volontarisme allemand sur l’hydrogène, lançons immédiatement un plan semblable autour du site de Fessenheim

Depuis plus de huit ans, Debout la France s’est toujours battu pour faire du développement de la filière hydrogène l’une des priorités industrielles de la France, aussi bien pour sa prospérité économique, son indépendance énergétique et la transition écologique.

Hélas, ce n’est pas la France mais l’Allemagne qui vient de prendre une décision historique pour développer massivement ce secteur d’avenir. Le gouvernement d’Angela Merkel a décidé le 10 juin d’allouer, en plus des programmes existants (60 000 voitures à hydrogène d’ici 2022), 9 milliards d’euros au sein de son plan de relance.

L’ambition de Berlin est ainsi très claire, l’hydrogène n’est pas un simple gadget pour verdir une industrie allemande particulièrement polluante mais devient l’un des piliers du redémarrage économique de la première puissance industrielle européenne.

Pour faire simple, l’hydrogène dispose de propriétés inouïes qui lui permettent d’être une ressource énergétique qui peut être à la fois un carburant pour le transport, un combustible pour la production énergétique sans émettre ni pollution ni gaz à effet de serre autre que de la vapeur d’eau !

Autrement dit, l’hydrogène a la capacité de nous libérer de la dépendance au pétrole, au charbon et au gaz tout en continuant de rendre les services économiques et les progrès humains que ces énergies ont rendus à nos sociétés sans entrainer les pollutions terribles qu’elles entrainent.

Elément chimique le plus abondant dans l’univers, l’hydrogène n’est malheureusement pas présent sur Terre de façon naturelle et exploitable, il faut donc le fabriquer à partir de procédés chimiques bien connus mais encore peu rentables. Néanmoins, il n’y a jamais eu aucun obstacle technique à l’amélioration des technologies pour que ces productions deviennent plus rentables à échelle industrielle, seuls manquaient la volonté de progresser et les investissements nécessaires.

La stratégie la plus crédible pour produire massivement de l’hydrogène réside dans l’utilisation d’électricité. La France, qui dispose de capacités massives de production électrique nucléaire et hydraulique à la fois peu chères et sans aucune émission de gaz à effet de serre, disposait donc d’un boulevard pour prendre une avance stratégique d’autant plus que des champions nationaux comme Air Liquide ou des institutions scientifiques comme le CEA disposaient des compétences uniques au monde dans ce domaine.

Alors que les gouvernements successifs parlaient « d’urgence climatiques » la main sur le cœur, aucun n’a eu la vision et l’ambition industrielles pour faire de la France le champion de l’hydrogène de demain. Les pouvoirs publics se sont contentés de petites opérations de communication sympathiques. Que pèsent les 100 millions d’euros du plan Hulot face aux 9 milliards du plan Merkel ?

Que va faire l’Allemagne ? Miser sur ses forces nationales comme toujours !

L’Allemagne veut utiliser sa maitrise de la chimie lourde, des matériels électriques et des énergies renouvelables intermittentes comme l’éolien et le photovoltaïque. En effet, les panneaux solaires et les éoliennes produisent de l’électricité selon la météo, et non les besoins réels du pays. Autrement dit, il faudrait stocker l’électricité produite en période creuse pour la réutiliser quand cela est nécessaire. Or, puisqu’on peut fabriquer de l’hydrogène grâce au propriétés de l’électricité, ce gaz correspond parfaitement à cet enjeu.

L’Allemagne compte ensuite utiliser l’hydrogène pour ses champions industriels qui sont de gros consommateurs (chimie, ciment, sidérurgie) et la déployer dans sa puissante industrie automobile mais aussi, l’aéronautique ou le transport ferroviaire.

L’Allemagne sera une vitrine de la nouvelle industrie écologique de l’hydrogène car le but de Berlin n’est pas seulement de produire son propre hydrogène mais de vendre à travers le monde les technologies qui permettent de le produire et de l’exporter !

C’est là le génie allemand : comprendre qu’un pays faiblement peuplé peut rester une puissance mondiale grâce à son avance technologique ! Or, l’humanité a désespérément besoin d’une énergie massive et écologique, seule solution crédible pour sauver la planète tout en assurant des conditions de vie dignes. Face au productivisme irresponsable fondé sur les ressources épuisables, comment la gauche en faveur de la « décroissance » peut-elle croire que l’humanité se passera des progrès de l’industrialisation ? La « décroissance » n’est d’ailleurs qu’une idéologie de privilégiés qui disposent de tout depuis toujours et ne connaissent pas la vraie misère !

Comme Debout la France l’anticipait et le proposait, l’Allemagne a compris que l’avenir appartiendrait à la Nation qui propose la solution technologique pour prospérer durablement, dans le respect de la planète.

Le plan allemand vise tout simplement à doubler la capacité de production hydrogène du pays d’ici 2030. Berlin va aussi soutenir le développement de véhicules à hydrogène (voitures, poids lourds, autobus), d’une infrastructure de ravitaillement et les efforts de transition des industriels.

La coopération admirable de l’Etat allemand avec son outil industriel historique va à nouveau s’illustrer. Dès les annonces d’Angela Merkel, le producteur d’électricité RWE et le sidérurgiste Thyssenkrupp ont annoncé une coopération pour produire 50 000 tonnes d’acier « zéro émission » grâce à l’hydrogène si l’Etat finançait le réseau de distribution nécessaire.

Face à un tel volontarisme allemand, la France a encore une carte à jouer si notre gouvernement se réveille !

L’Allemagne va faire face à une difficulté considérable : elle ne pourra produire l’électricité « verte » nécessaire à la production massive d’hydrogène. En effet, en sortant du nucléaire pour des raisons idéologiques et ne disposant pas de ressources hydroélectriques massives, l’Allemagne est prisonnière d’énergies renouvelables intermittentes dont le rendement est bien trop faible ou le développement bien trop cher.

Aussi, l’Allemagne a déjà prévu de « délocaliser » sa production d’hydrogène. 2 milliards d’euros sur les 9 annoncés hier par Angela Merkel iront à des « partenariats » avec l’étranger, en particulier le Maroc. Cela fait plus de dix ans que l’Allemagne voit le Sahara comme une réserve potentielle d’énergie solaire pour l’Europe.

Une telle perspective néocoloniale n’est pas durable ni acceptable. Au contraire, la France a les capacités de produire massivement de l’hydrogène « vert » grâce à ses barrages et son industrie nucléaire.

Ainsi, Debout la France propose que le gouvernement mette en œuvre un plan massif de développement de l’hydrogène d’un montant similaire à l’Allemagne.

Nous proposons que le site de la centrale de Fessenheim soit utilisé comme socle pour créer un démonstrateur de production industrielle d’hydrogène par électrolyse. Ainsi, la décision stupide de fermer ces deux réacteurs nucléaires parfaitement sûrs et opérationnels sera de fait transformée en occasion de mettre à disposition une puissance énergétique gigantesque pour expérimenter puis industrialiser la production hydrogène.

Parallèlement au développement de la filière hydrogène, la France devra relancer ses projets de nucléaire de nouvelle génération, pour proposer de nouvelles filières plus sûres et sans création de déchets problématiques, comme la filière thorium.

La France doit créer un consortium associant les institutions scientifiques comme le CEA et l’IFP ainsi que nos champions industriels comme Air Liquide, EDF mais aussi Total. Notre fleuron pétrolier a tout intérêt à investir dans un nouveau carburant et cesser de miser tout son avenir sur une énergie qui n’en a plus.

L’Alsace dispose par ailleurs de toutes les compétences industrielles et des sous-traitants pour créer une filière d’avenir.

Enfin, la proximité avec l’Allemagne permettra, espérons-le, de coopérer avec nos voisins sur ce projet même si les annonces unilatérales de l’Allemagne montrent une fois encore, que Berlin pense avant toute autre chose à nul autre qu’aux Allemands.

Jean-Philippe Tanguy
Porte-parole de Debout La France, spécialiste des questions industrielles et énergétiques