Le Rassemblement Gaulliste - ni système ni extrêmes

Mercredi 08 jan 2020

Bien-être animal : Y a-t-il un pilote dans l’avion ?

Il y a quelques jours, le ministre Didier Guillaume a annoncé sa candidature aux élections municipales de Biarritz.

Si l’on peut s’étonner de ce choix de ville alors qu’il était auparavant président du conseil départemental de la Drôme, on peut aussi s’inquiéter de sa capacité à se concentrer sur sa mission de Ministre de l’Agriculture mais aussi de la dignité animale, deux causes qui méritent un engagement à 200% !

Les Françaises et les Français sensibles à la cause animale ne pourront qu’observer qu’il s’agit bien de la dernière des préoccupations de M. Guillaume, qui semble bien plus intéressé par sa carrière personnelle.

Pourtant, depuis plusieurs mois, les consultations et réunions avec les associations de la protection animale s’étaient multipliées, laissant espérer des avancées significatives en la matière. Didier Guillaume promettait des mesures « très fortes » dans les semaines à venir. Lors d’un passage média début octobre, le ministre a exprimé le souhait que ceux qui abandonnent leurs animaux de compagnie soient « punis par la loi ». Première séquence ratée : cela est déjà le cas. En effet, l’abandon est considéré comme un acte de cruauté et est passible de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende.

Emmanuel Macron, alors candidat à l’élection présidentielle de 2017, avait pris très peu d’engagements en faveur des animaux. Il était donc temps d’y remédier ! D’abord prévues fin octobre, le ministre a reculé la date de ses annonces à la mi-novembre, a reçu de nouveau des associations entre temps en leur précisant qu’il ne confirmerait aucune mesure ce jour-là et depuis…la montagne a accouché d’une souris ! Didier Guillaume a en effet annoncé la fin du broyage des poussins pour la fin 2021 sans donner d’indications sur le financement de cet objectif. 50 millions de poussins sont en effet broyés chaque année en France dans les élevages de poules pondeuses, alors que des alternatives existent et sont déjà mises en place, comme en Allemagne.

Autre annonce, qui concerne cette fois la castration à vif des porcelets. Alors que les associations espéraient la fin de cette pratique, Didier Guillaume souhaite une meilleure prise en charge de la douleur, sans apporter de précisions supplémentaires concernant les modalités et le financement de ces changements. Même chose pour la caudectomie, c’est-à-dire le fait de couper la queue des porcs afin qu’ils ne s’attaquent pas entre eux. Le ministre veut trouver une solution avec les éleveurs, mais ne prend pas d’engagements. Rien de concret, une fois de plus. Concernant l’étiquetage des produits alimentaires issus de filières d’élevage, qui permettrait pourtant de valoriser le savoir-faire français tout en faisant avancer la dignité animale sur le modèle de ce qui a été fait pour les œufs et qui s’était révélé positif, le ministre botte en touche en promettant plutôt l’étiquetage de l’origine des produits, ce qui est malheureusement interdit par l’Union Européenne.

Enfin, le ministre a annoncé une mission parlementaire concernant les abandons d’animaux pour faire un état des lieux sur la situation. En effet, on estime que 100 000 animaux sont abandonnés chaque année. Pourquoi lancer une telle mission alors qu’il suffirait d’aller sur le terrain en rencontrant des bénévoles dans les refuges pour comprendre les problématiques liées aux abandons ?

Les associations, et surtout les Français qui sont chaque jour plus nombreux à considérer que la dignité animale fait avancer toute la société entière et peut permettre de mieux valoriser e travail des agriculteurs, se sentent bernées, à juste titre. La thématique du bien-être animal a été agitée comme un chiffon rouge quelques jours dans le cadre d’une opération de communication et d’enfumage comme la macronie sait si bien le faire.

Mais que pouvions-nous attendre de la part de ce ministre de l’Agriculture qui semble oublier que le bien-être animal fait partie de ses compétences ? Cet été, c’est en compagnie de la ministre Jacqueline Gourault qu’il a assisté à une corrida à Bayonne, ne semblant pas comprendre que cela puisse choquer. Enfin, plus récemment, les associations ont dénoncé une marche arrière concernant l’interdiction des nouvelles constructions de cages pour les poules pondeuses, car aucun décret d’application n’est paru un an après le vote. De plus, Didier Guillaume a précisé que la notion de « bâtiment réaménagé » serait circonscrite aux élevages augmentant leur surface de production. Cela signifie que tant que la capacité de production n’augmente pas, il sera toujours possible pour des exploitants de réaliser des investissements de rénovation de cages existantes. Nous sommes donc face à un ministre qui fait le contraire de ce qui est promis aux Français.

Enfin, en tant que ministre de l’agriculture, Didier Guillaume devrait également nous expliquer comment il compte protéger notre modèle agricole, basé sur des élevages à taille humaine et en plein air, plutôt que sur le modèle intensif qui tend à se développer alors qu’il ne respecte ni les animaux ni les hommes. C’est ce même ministre qui était aux abonnés absents lorsqu’il fallait dénoncer le CETA, accord commercial avec le Canada, qui va entre autres favoriser la concurrence déloyale pour nos agriculteurs, et les contraindre à se tourner vers un modèle intensif pour s’en sortir. Mais la production à bas coût a un prix, celui de la négligence envers les animaux et la santé des Français.

On l’aura compris, ce n’est pas durant le quinquennat d’Emmanuel Macron que le gouvernement répondra aux fortes attentes de la société en matière de dignité animale. Pourtant, beaucoup reste à faire, comme le soutien aux refuges et la systématisation de l’interdiction à vie de détenir un animal en cas d’abandon ou de maltraitances mais aussi la lutte contre les trafics qui se nourrissent des petites annonces sur internet. Au sujet des maltraitances qu’il peut y avoir dans les abattoirs, il faudrait mettre en place la vidéosurveillance, et multiplier les inspections surprises.

Enfin, l’étiquetage de la viande devrait indiquer les conditions d’élevage, de transports et d’abattage afin que les français choisissent en conscience ce qu’ils consomment. Pour davantage de respect de la vie animale, les solutions ne manquent pas. Le courage politique de les appliquer est en revanche, lui, plus difficile à trouver.

Anne-Sophie Frigout
Déléguée nationale à la dignité animale