Le sport a toujours été bien plus qu’une simple compétition. Depuis des générations, il représente un langage universel capable de rassembler des femmes et des hommes au-delà des frontières, des religions, des cultures et des conflits. Là où la politique oppose, le sport a longtemps cherché à rapprocher. Là où les guerres divisent, il a souvent permis de maintenir un lien entre les peuples.
C’est précisément cette mission qui a fait sa grandeur.
Pendant des décennies, nous avons vu des athlètes issus de nations ennemies s’affronter loyalement sur un terrain avant de se serrer la main à la fin d’un match. Ces gestes ne mettaient pas fin aux guerres, mais ils rappelaient une vérité essentielle : derrière les drapeaux et les gouvernements se trouvent des êtres humains capables de se respecter malgré leurs différences.
Les sportifs étaient alors des ambassadeurs du vivre-ensemble. Ils démontraient qu’il était possible de se confronter sans se détester, de défendre ses couleurs sans haïr celles de l’adversaire.
Aujourd’hui, j’ai le sentiment que cet esprit s’efface progressivement.
De plus en plus, les conflits politiques s’invitent au cœur des compétitions sportives. Le terrain de jeu, qui devrait être un espace de rencontre, devient parfois le prolongement des divisions du monde.
Roland-Garros 2026 en a offert une illustration frappante.
Lors de la demi-finale opposant l’Ukrainienne Marta Kostyuk à la Russe Mirra Andreeva, plusieurs symboles de l’esprit sportif traditionnel étaient absents. Les deux joueuses n’ont pas participé ensemble à la traditionnelle photo officielle précédant le match. Cette image, qui représente habituellement la rencontre entre deux adversaires avant leur confrontation, n’a pas eu lieu.
À l’issue de la rencontre, aucune poignée de main n’était attendue entre les deux joueuses. Là encore, un symbole historique du fair-play disparaissait.
Par ailleurs, comme ce fut le cas durant tout le tournoi, le drapeau ukrainien apparaissait à côté du nom de Marta Kostyuk tandis qu’aucun drapeau n’était affiché à côté du nom de Mirra Andreeva. Cette situation concernait d’ailleurs l’ensemble des joueurs et joueuses russes et biélorusses présents à Roland-Garros 2026, qui concouraient sous statut neutre.
Je comprends les raisons qui ont conduit à ces choix. La guerre entre la Russie et l’Ukraine est une tragédie humaine qui suscite des émotions profondes et légitimes. Mais je m’interroge sur les conséquences de cette évolution pour le sport lui-même.
Le rôle du sport est-il d’accentuer les divisions ou de créer des ponts entre les peuples ?
À mes yeux, il devrait toujours chercher à rapprocher plutôt qu’à séparer.
Un athlète représente son pays parce qu’il en possède la nationalité. Il porte parfois son maillot, son drapeau ou son hymne. Mais cela ne signifie pas qu’il approuve toutes les décisions de son gouvernement.
Une joueuse russe n’est pas nécessairement favorable à la guerre menée par son pays. Une sportive biélorusse n’est pas automatiquement responsable des choix de ses dirigeants. De la même manière, aucun athlète, quelle que soit sa nationalité, ne devrait être jugé uniquement à travers les décisions politiques de son État.
Les sportifs sont avant tout des individus.
Ils ont leurs propres opinions, leurs propres convictions et leur propre conscience. Les réduire à leur passeport revient à oublier ce qui fait justement la richesse du sport : la rencontre entre des personnes, et non entre des gouvernements.
La disparition de certains symboles sportifs peut sembler anodine. Pourtant, lorsqu’une photo officielle n’est plus possible, lorsqu’une poignée de main disparaît, lorsqu’un adversaire n’est plus regardé comme un concurrent mais comme le représentant d’un conflit, c’est une partie de l’esprit sportif qui s’affaiblit.
Le fair-play ne consiste pas à approuver les idées de l’autre. Il consiste à reconnaître sa dignité malgré les désaccords.
Le respect de l’adversaire ne signifie pas l’oubli des souffrances ou des injustices. Il signifie simplement que l’on refuse de nier l’humanité de celui qui se trouve de l’autre côté du filet.
Pendant longtemps, le sport a été l’un des rares espaces capables de dépasser les apparences, les origines, les croyances religieuses, les opinions politiques ou l’orientation sexuelle. Il permettait à chacun d’être jugé sur son talent, son travail et son comportement plutôt que sur son appartenance à un groupe.
C’est cette universalité qui en faisait un formidable outil de paix.
Le monde ne manque pas de lieux où les peuples s’affrontent. Il manque de lieux où ils peuvent encore se rencontrer.
Le sport devrait rester l’un de ces lieux.
Il ne peut pas arrêter les guerres. Il ne peut pas résoudre les conflits internationaux. Mais il peut transmettre un message puissant : celui du respect mutuel, du vivre-ensemble et de la coexistence pacifique.
Plus que jamais, le sport doit inspirer à la paix.
Car lorsqu’il cesse d’être un espace de dialogue pour devenir un reflet des divisions du monde, il perd une partie de sa raison d’être.
Et lorsque disparaissent la poignée de main, la photo commune et le respect symbolique de l’adversaire, ce n’est pas seulement une tradition qui s’efface. C’est l’idée même que le sport peut rapprocher les peuples malgré leurs différences qui se trouve fragilisée.
Préserver cet esprit n’est pas un détail. C’est peut-être l’une des missions les plus importantes du sport dans le monde d’aujourd’hui.
« Les guerres opposent les nations, le sport devrait rapprocher les peuples. »








