La situation actuelle de l’hydroélectricité française n’est pas une fatalité technique.
Elle est le résultat, à une époque, de choix politiques précis.
Elle n’est pas non plus un simple segment du marché de l’énergie.
Elle est un outil stratégique de la Nation, au cœur de notre indépendance énergétique, de notre sécurité civile et de la sûreté de notre parc nucléaire.
Les barrages ne produisent pas seulement de l’électricité : ils régulent l’eau, protègent les populations, soutiennent l’agriculture et garantissent, par les lâchers d’eau, le fonctionnement sûr de nos centrales nucléaires.
Vouloir soumettre cette infrastructure vitale à des logiques de concurrence ou à des montages juridiques inspirés du marché intérieur européen, c’est confondre l’économie avec la stratégie, et l’investissement avec la souveraineté.
La France a bâti son système électrique sur une vision intégrée et planifiée, où l’eau, l’électricité et la sécurité nationale relèvent d’un même pilotage. Fragmenter la gestion des barrages, même partiellement, même sous couvert de garanties formelles, introduit un risque majeur : celui d’une perte de maîtrise opérationnelle dans les moments où l’État doit pouvoir décider seul, vite et sans ambiguïté.
Car en matière d’eau et de nucléaire, il n’y a pas de second temps.
La sécurité ne se délègue pas.
Elle se commande.
La Commission européenne, sous couvert de règles de concurrence et d’ouverture des marchés de l’énergie, cherche à imposer depuis des années des contraintes sur la gestion des barrages, sans jamais prendre en compte la réalité stratégique : la sécurité des populations, la continuité du réseau électrique, et surtout la sûreté de notre parc nucléaire.
Tout retard ou contrainte externe sur les lâchers d’eau, dû par exemple à une simple absence de coordination, peut compromettre gravement le refroidissement des centrales, mettre en péril des réacteurs et menacer la vie de milliers de citoyens.
Toutefois, cette pression européenne n’aurait jamais eu d’effet sans la responsabilité directe de gouvernements français successifs. Gouvernement après gouvernement, les autorités françaises ont admis l’idée que l’hydroélectricité pouvait être fragmentée, soumise à des logiques concurrentielles, être concédée, dépendantes de compromis juridiques.
Le projet Hercule, il y a quelques années, présenté comme une réforme administrative ou financière, constituait déjà l’exemple le plus frappant de cette folie politique.
En visant à fragmenter EDF, en séparant la gestion de l’électricité nucléaire de l’hydroélectricité, et en ouvrant la porte à des acteurs privés sur les barrages, Hercule aurait rompu l’unité de commandement énergétique et introduit un risque direct sur le fonctionnement des centrales.
La dangerosité de ce projet a fort heureusement suscité un rejet, a montré jusqu’où certains responsables, y compris d’EDF, étaient prêts à aller au nom de la “concurrence” et de la “modernisation”, au mépris de la sécurité nucléaire et de la souveraineté nationale.
Il faut le dire clairement : un barrage n’est pas un actif interchangeable et un lâcher d’eau n’est pas une décision commerciale.
Ce qui est présenté comme une ouverture “maîtrisée” ou un investissement stratégique peut devenir, avec le temps, une dépossession progressive et irréversible, silencieuse mais lourde de conséquences pour le pays et pour ses centrales.
EDF est l’instrument central de cette souveraineté.
Conserver à l’entreprise publique la maîtrise totale des barrages et de l’hydroélectricité, comme du nucléaire, n’est pas un choix technique : c’est un acte de responsabilité nationale et de sécurité civile.
Fragmenter ou soumettre EDF aux logiques concurrentielles, c’est affaiblir non seulement notre indépendance énergétique, mais mettre en danger le refroidissement et par conséquent la sûreté de nos centrales, donc la vie de nos concitoyens.
EDF n’est pas un opérateur parmi d’autres : elle est le bras de l’État pour assurer l’intégrité du système énergétique et la sécurité nucléaire.
Notre façon façon de voir n’est que la lucidité qui impose de dire non quand une idéologie économique ultra-libérale menace la survie stratégique de la Nation.
Coopérer au niveau européen ne signifie aucunement déléguer ni sa responsabilité ni sa sécurité nucléaire.
La transition énergétique ne se gagnera jamais en diluant nos atouts, parce qu’elle exige avant tout sa parfaite maîtrise sous commandement public.
Conserver à EDF la pleine responsabilité des barrages, c’est ni plus ni moins que garantir quatre éléments capitaux:
– la sécurité nucléaire civile,
– la cohérence industrielle,
– la continuité énergétique,
– la souveraineté nationale.
Tout retard ou limitation dans le contrôle des lâchers d’eau, toute comme toute désir fragmentation de l’entreprise publique, ne peuvent que constituer un risque direct pour nos centrales et pour le pays tout entier.
Dans un tel contexte, la responsabilité est double : celle de Bruxelles, qui impose des règles abstraites de concurrence, et celle des gouvernements français, qui tolèrent, négocient ou anticipent ces contraintes sans jamais affirmer la priorité de l’intérêt national et de la sécurité des citoyens.
Le projet Hercule en a été le symbole : une tentative de rationalisation financière qui aurait gravement fragilisé notre sécurité.
La France dispose encore d’un modèle unique : un système électrique pilotable, décarboné et résilient, fondé sur la complémentarité du nucléaire et de l’hydroélectricité. Cependant, ce modèle, fruit de la planification et de la volonté politique, ne survivra pas si l’État accepte de déléguer la maîtrise des barrages et par conséquent des lâchers d’eau.
Dans un monde instable, où les crises hydriques, climatiques et géopolitiques se multiplient, la souveraineté énergétique et la sécurité nucléaire ne se négocient pas.
Une Nation qui perd le contrôle de son énergie et de son eau renonce à décider de son destin et met en danger la vie de ses citoyens.
La France ne peut accepter ni la pression européenne, ni les compromis nationaux qui fragmentent EDF.
En matière hydroélectrique, la France ne doit pas négocier sa souveraineté, elle doit l’exercer.






