Ce projet de loi apparaît d’emblée comme une rupture grave, presque funeste.
C’est la raison pour laquelle il impose à notre conscience collective une vigilance extrême.
L’Histoire nous enseigne en effet que les bonnes intentions, lorsqu’elles se détachent des principes fondamentaux, engendrent souvent les pires dérives.
Il est donc de notre devoir, non seulement politique mais aussi moral, de dénoncer et d’empêcher que ce qui se présente aujourd’hui sous les atours de la compassion ne devienne demain un cauchemar pour notre société.
C’est pourquoi ce texte doit être dénoncé avec vigueur car il ne s’agit pas ici d’un simple ajustement législatif, mais d’un choix de civilisation.
Qu’on ne s’y trompe pas : ce projet n’est pas un texte supplémentaire sur la fin de vie.
La loi Léonetti répond déjà, avec humanité et discernement, aux situations de souffrance extrême.
Ce qui nous est proposé aujourd’hui va bien au-delà.
Ce texte franchit un seuil.
Il change la nature même du rapport entre la société, l’État et la vie humaine.
En cela, ce projet entre en contradiction profonde avec toute anthropologie digne de ce nom, avec toutes les constructions sociales élaborées au fil des siècles pour protéger la vie, notamment lorsque celle-ci est fragile, vulnérable, dépendante.
Son adoption constituerait l’un des piliers d’une société mortifère, où la mort ne serait plus un drame à accompagner, mais une solution à administrer.
Le film d’anticipation Soleil vert deviendrait alors dramatiquement réalité.
Cette œuvre nous avertissait déjà du danger d’une société qui, confrontée à ses propres échecs (misère, précarité, inégalités, pénurie) choisit d’organiser la mort plutôt que de restaurer la vie.
Dans cet univers dystopique, la mort assistée devient une réponse institutionnelle, présentée comme douce, rationnelle, presque sacrée, mais qui masque en réalité l’abdication morale de l’État face à ses responsabilités.
Cette fiction n’est pas un simple divertissement ; elle est une mise en garde, une critique implacable d’un monde qui préfère offrir la mort plutôt que la dignité, l’accompagnement et la solidarité.
Les inquiétudes que pouvait alors soulever ce film sont aujourd’hui d’une troublante actualité.
Le texte qui nous est soumis ne relève pas du droit à mourir lorsque la souffrance est devenue insupportable, car ce droit existe déjà.
Il élargit considérablement le champ des personnes concernées et instaure un processus qui, par sa rapidité et son caractère administratif, banalise l’irréversible.
En cela, il est dangereux.
Dangereux parce qu’il efface les limites.
Dangereux parce qu’il affaiblit les garde-fous.
Dangereux parce qu’il transforme un acte ultime, la mort, en banale procédure administrative.
Il rejette l’interdiction d’appliquer l’euthanasie à des personnes souffrant de troubles mentaux.
Il renonce à la vérification rigoureuse du discernement de l’intéressé.
Il menace les soignants qui tenteraient d’infléchir une décision par humanité, par conscience ou par déontologie.
Il refuse la clause de conscience aux infirmiers et aides-soignants, pourtant piliers du soin.
À cela s’ajoute un processus expéditif (dix-sept jours pour statuer sur la vie et la mort), en totale déconnexion avec la gravité de l’enjeu.
Dix-sept jours, alors qu’il faut parfois des mois pour obtenir un simple rendez-vous médical.
Dix-sept jours, alors que certaines personnes concernées ne sont pas en fin de vie, mais disposent encore de plusieurs années devant elles.
Quelle conception du temps humain cela révèle-t-il à nos yeux ?
Enfin, ce projet pousse le déni jusqu’à qualifier de « mort naturelle » un acte alors que c’est une intervention extérieure qui met délibérément fin à la vie. Les mots utilisés masquent la réalité, comme si le langage pouvait absoudre la conscience.
Derrière ce texte se pose une question essentielle, presque métaphysique : de quelle société voulons-nous ?
Une société eugéniste ?
Une société purement comptable, soumise à une logique financière froide ?
Une société qui considère certains êtres comme trop coûteux, trop fragiles, trop inutiles pour continuer à vivre ?
Qui seront les concernés demain ?
Les malades en fin de vie, certes, mais aussi les désespérés, les pauvres, les solitaires, les « inutiles », les « non-essentiels », les « gênants », les « non-performants » ?
Ce projet n’est-il pas, au fond, une manière déguisée de réduire les dépenses de soins, de santé, d’accompagnement ?
Voilà les questions graves, fondamentales, que ce texte, qui vient naturellement compléter la folie transhumaniste, nous impose.
C’est pourquoi il est nécessaire de s’y opposer vigoureusement.
Ce texte de loi pourrait, demain, s’il venait à être adopté, être parfaitement associé au désespoir collectif d’un monde ayant cessé de croire en la valeur intrinsèque de la vie humaine ; à un État devenu gestionnaire des existences individuelles et appliquant une logique utilitariste et froide ; à une société qui, ayant perdu le sens de ses limites, se détournerait de la dignité de l’homme.
Or une grande Nation (mais aussi une société élaborée) ne se juge pas à la manière dont elle organise la mort, mais à celle dont elle protège la vie, et surtout défend les plus fragiles.
Christian MICHALAK
Délégué National au Projet Présidentiel
Nicolas DUPONT-AIGNAN
Président de Debout la France
Candidat à l’élection présidentielle de 2027






