La saison de Ligue Féminine 2 de basket met en lumière un débat que le monde sportif repousse depuis plusieurs années sans jamais vraiment l’affronter de face : celui de l’équité dans les compétitions féminines lorsque des athlètes transgenres y participent.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Julie Tétart (Monaco) affiche une moyenne exceptionnelle de 33,8 d’évaluation, avec près de 20 points et 19 rebonds par match. Aurore Pautou (La Tronche-Meylan), de son côté, domine également statistiquement le championnat. Ces performances impressionnent, forcent le respect sur le plan individuel, mais interrogent une partie croissante des acteurs du basket féminin.
Dans les couloirs des gymnases, les discussions sont nombreuses. Officiellement, peu souhaitent s’exprimer. Le sujet est sensible. Beaucoup craignent d’être immédiatement catalogués comme transphobes s’ils osent évoquer une question qui relève pourtant, à l’origine, d’un principe fondamental du sport : l’égalité des chances.
Car le sport féminin n’est pas né d’un hasard. Il a été créé pour tenir compte de différences physiologiques moyennes entre hommes et femmes, afin de permettre une compétition équilibrée. C’est ce principe qui structure les catégories, les règlements, les records et les sélections depuis des décennies.
Aujourd’hui, la Fédération française de basket applique une règle simple : c’est le genre inscrit sur la pièce d’identité qui détermine l’éligibilité. Juridiquement, la situation est claire. Sportivement, le débat reste entier.
Il ne s’agit pas ici de juger des parcours individuels, ni de remettre en cause la dignité des personnes transgenres, qui doivent être respectées comme n’importe quel citoyen. Chacun est libre de son identité, de ses choix de vie et de son parcours. Ce principe de liberté est essentiel dans une société démocratique.
Mais cette liberté individuelle ne doit pas conduire à éluder une question collective légitime : comment garantir que la compétition reste équitable pour toutes les joueuses engagées ?
De nombreuses basketteuses, entraîneurs et dirigeants observent une différence de gabarit, de puissance, de détente et d’impact physique qui dépasse les standards habituels de la LF2. Ce constat n’est pas une attaque personnelle, mais une réalité sportive que beaucoup voient sur le terrain.
Ce malaise se traduit parfois par des excès regrettables : insultes, propos haineux, tensions. Ces comportements doivent être condamnés sans ambiguïté. Le débat sur l’équité ne peut et ne doit jamais devenir un prétexte à la stigmatisation.
Pour autant, faire taire toute interrogation par peur d’être accusé d’intolérance n’est pas une solution. Le rôle du sport, comme celui du politique, est d’anticiper les situations nouvelles avec lucidité et responsabilité.
Plusieurs pistes existent déjà dans d’autres pays : catégories spécifiques, critères médicaux plus précis, ou encore adaptations réglementaires permettant de concilier respect des personnes et équité sportive.
La question posée par la LF2 dépasse largement le basket. Elle touche à l’organisation même du sport féminin et à sa raison d’être. Ignorer le sujet aujourd’hui, c’est prendre le risque de fragiliser demain la confiance des sportives dans leurs propres compétitions.
Le débat doit donc être posé calmement, sans caricature, sans haine, mais sans tabou non plus.
Respect des personnes, oui. Refus de toute discrimination, évidemment. Mais exigence d’équité sportive, tout autant.
C’est ce fragile équilibre que les fédérations et les pouvoirs publics devront désormais avoir le courage de définir.







