Lors d’un séjour aux Etats-Unis juste après les attentats du 11 septembre, au cours d’une conversation où il était question des ennemis de l’Amérique, il m’a été demandé mon point de vue sur le sujet. Je n’ai pu alors résister au plaisir d’émettre une boutade au risque de choquer mon auditoire. J’ai déclaré qu’à mon avis le pire ennemi des Etats-Unis en était l’industrie alimentaire, “the food industry“. La preuve se voit dans la rue où le nombre de jeunes obèses a de quoi étonner. D’où peut donc provenir cette tendance ; sinon de ce que tout bon américain absorbe. Comme tout ce qui a lieu aux Etats-Unis ne manque pas de venir tôt ou tard chez nous, on peut déjà le constater un peu partout avec la prolifération de la restauration dite “fast food“ que les américains appellent “junk food“ et ses conséquences épouvantables sur la société. Nous pouvons donc prévoir sans risque la morphologie future du français moyen.
En France aussi, il est loin le temps où ce qui arrivait dans nos assiettes provenait du jardin familial ou de l’exploitation agricole du paysan le plus proche. Avant la seconde guerre mondiale, la France était à 80% agricole. Certes on mangeait moins de viande et le poulet était lui réservé pour les jours de fêtes. La soupe faite maison embaumait car les légumes avaient du goût. Les rendements n’étaient peut-être pas ceux d’aujourd’hui, mais nous n’avions pas à nous préoccuper des pesticides et l’on pouvait voir des vers de terre circuler sans peur parmi les cultures. Les hirondelles faisaient leurs nids sous les avant-toits, des poules picoraient en liberté, débarrassant le sol des épluchures et autres coquilles d’œuf jetées à leur attention. Cela n’empêchait pas ces volatiles de pondre de beaux œufs que nous allions leur subtiliser pendant leur sommeil sous leur ventre tout chaud. Le contenu des poubelles était alors extrêmement réduit. Le vin ou le cidre se vendaient au litre dans des bouteilles consignées et les vendanges comme la moisson et la batteuse étaient jours de fêtes. Ces jours-là, nous n’avions pas école. Il y avait aussi le sacrifice du porc, le boudin tout chaud, la fabrication des pâtés et un joyeux repas qui s’en suivait. Pendant la seconde guerre mondiale, ceux qui avaient un bout de jardin, même minuscule pouvaient encore se nourrir. C’est incroyable ce qu’une petite surface bien travaillée peut produire. Les produits du jardin avaient ceci de remarquable est qu’ils avaient du goût. Certes ils n’étaient pas calibrés comme ceux des supermarchés, ils n’auraient donc pas plu aux consommateurs d’aujourd’hui. Aujourd’hui, on achète avec les yeux. Les étalages bénéficient d’une lumière qui met en valeur des produits parfaitement insipides mais beaux à voir. Cela n’a aucune importance, car l’industrie agroalimentaire se chargera de donner du goût aux choses présentées dans des emballages transparents permettant ainsi aux familles de satisfaire leurs besoins alimentaires à bon marché il parait, sans avoir à cuisiner.
Triste est donc cette société où se trouvent plongés la plupart de nos contemporains. Les enfants eux subissent malgré eux une éducation du goût totalement faussée et trouveront un jour les bons produits, mauvais. Les familles monoparentales ou dont celles dont la maman travaille, n’auront pas le temps sinon les moyens de mitonner les délicieux repas qui consolident les retrouvailles parents-enfants. Ces enfants ne pourront pas transmettre à leurs descendants le goût des bonnes choses, ils apprendront à se nourrir sans jamais connaitre le bonheur de déguster.
Il existe peut-être une solution que la France pourrait apporter à nos têtes blondes. Les cantines scolaires pourraient être parrainées par de “grands chefs“ qui, une ou plusieurs fois dans l’année viendraient apprendre aux enfants le goût des bonnes choses. Ils participeraient ainsi au sauvetage de leur profession en préparant le renaissance d’une future clientèle. Chaque municipalité qui le peut devrait se rapprocher des agriculteurs locaux afin que ces derniers fournissent les cantines scolaires en produit du terroir ce qui aurait aussi l’avantage d’assurer à ces mêmes agriculteurs des revenus réguliers et aider au retour d’une agriculture raisonnée. Chaque fois que c’est possible, les terrains agricoles entourant les villes, devraient être réservés à des agriculteurs de proximité ou à des jardins familiaux comme cela se fait dans certaines régions de France plutôt qu’à l’édification de ces horribles barres d’immeubles.






