La France ne s’est jamais construite dans la dépendance, ni dans la soumission aux idéologies passagères.
Elle s’est faite grâce à la volonté, à la continuité de l’État, et dans l’indépendance, d’abord politique, ensuite stratégique, puis économique et enfin énergétique.
Chaque fois que cette indépendance a été maîtrisée, la France s’est redressée.
Chaque fois qu’elle a été abandonnée ou méprisée, la France s’est affaiblie.
Renoncer à la maîtrise totale de son énergie, c’est fragiliser toutes les autres souverainetés.
Or, le processus engagé par la PPE3 marque une rupture profonde, quoique minutieusement dissimulée derrière un langage parfaitement technocratique, accompagnée d’une proclamation incessante de bonnes intentions.
Sous couvert d’urgence climatique et d’alignement européen, la France s’engage dans une transformation de son système énergétique qui entame largement ce qu’elle avait patiemment bâti : une électricité nationale, pilotable, abondante, à bon marché et compétitive, socle discret mais décisif de sa puissance industrielle et de sa cohésion sociale.
En substituant à une production maîtrisée une prolifération d’énergies intermittentes, dépendantes du vent, du soleil et de chaînes industrielles étrangères, la France renonce à une part de sa liberté d’action.
En effet, une nation qui ne contrôle plus son énergie ne maîtrise plus non plus ni son économie ni surtout son industrie ; une nation qui ne maîtrise plus son industrie abdique sa capacité à produire, à employer, à décider.
Elle ne gouverne plus pleinement : elle s’adapte, elle compense, elle subit.
Cette orientation n’est pas abstraite. Elle se traduit, dès aujourd’hui, dans la réalité quotidienne des Français. Et elle prépare déjà, de manière structurelle, les conditions économiques des années à venir.
Une telle orientation se trouve déjà dans les chiffres concrets des factures. Pour les ménages, le prix de l’électricité, qui s’élevait autour de 12,83 centimes/kWh en 2010, a grimpé jusqu’à près de 27,8 centimes au premier semestre 2024, soit plus du double en une décennie, exerçant une pression directe sur le pouvoir d’achat des familles françaises.
Mais la trajectoire dessinée par la PPE3 laisse entrevoir une poursuite de cette tension tarifaire.
L’augmentation programmée des capacités intermittentes, la nécessité de renforcer les réseaux, de financer des moyens de secours pilotables, du stockage et des mécanismes de capacité, se traduiront mécaniquement par une hausse durable des charges intégrées aux factures finales.
Dans le même temps, du côté des entreprises, le constat est tout aussi frappant. Malgré une légère baisse, très récente, des tarifs hors taxes observée entre 2023 et 2024, les coûts d’approvisionnement restent presque deux fois plus élevés qu’en 2021, avec des prix tournant autour de 120 €/MWh contre 62 €/MWh précédemment pour les petites et moyennes entreprises.
Or, dans le cadre de la PPE3, ces niveaux élevés ne constituent pas une anomalie transitoire mais tendent à devenir une nouvelle norme.
La volatilité accrue des marchés, l’exposition renforcée aux mécanismes européens de fixation des prix et la dépendance à des productions non pilotables font peser un risque durable de renchérissement pour l’ensemble du tissu économique.
Au total, et malgré certains signaux parfois contradictoires, les associations de consommateurs alertent déjà sur des risques de hausse de jusqu’à 20 % des factures pour certains foyers dès 2026, conséquence de nouvelles méthodes de tarification indexées sur des marchés qu’on ne contrôle plus.
À plus long terme, les projections liées à la mise en œuvre complète de la PPE3 suggèrent une pression continue sur les factures, tant pour les particuliers que pour les professionnels, du fait de coûts fixes croissants intégrés au système électrique, indépendamment même du niveau réel de consommation.
Ces chiffres ne sont pas de simples et froides statistiques : ils sont une contrainte supplémentaire pour les familles modestes, pour les classes moyennes, pour les retraités, pour qui l’énergie n’est pas un choix mais une nécessité. Et ils annoncent, pour les années à venir, un alourdissement progressif mais constant de cette contrainte, dans un contexte où l’électricité, loin de rester un bien commun accessible, tend à devenir une variable d’ajustement budgétaire.
Une nation qui renchérit l’accès à l’électricité fragilise obligatoirement son pacte social.
Mais pas seulement !
Pour toutes les entreprises, et en particulier pour l’industrie, le constat est plus grave encore.
Comme nous venons de le voir, les prix de l’électricité payés par les petites et moyennes entreprises demeurent aujourd’hui largement supérieurs à ceux d’avant la crise énergétique, souvent proches du double des niveaux observés avant 2021.
Et la trajectoire de la PPE3, en accentuant la dépendance à des sources intermittentes et à des marchés volatils, laisse présager une instabilité durable des coûts, incompatible avec toute stratégie industrielle de long terme.
Pour l’artisan, le boulanger, plus généralement le commerçant, pour l’agriculteur, pour l’atelier industriel, pour l’usine « électro-intensive », cette hausse n’est pas absorbable sur le long terme.
Elle érode la compétitivité, dissuade l’investissement, accélère les fermetures et prépare les délocalisations et la désertification industrielle : quand, de ce fait, l’électricité cesse d’être un atout, elle devient un handicap.
Et une politique énergétique qui affaiblit son industrie prépare le déclassement de la nation.
Ce renchérissement du coût n’est ni accidentel ni conjoncturel : il est structurel.
Il résulte de l’empilement des subventions, des mécanismes de soutien, des coûts de réseau, des infrastructures de secours et de stockage qu’exige un système fondé sur l’intermittence.
À mesure que la PPE3 sera déployée, ces coûts systémiques sont appelés à croître mécaniquement, car plus l’intermittence augmente, plus les besoins de compensation, de pilotage et de sécurisation deviennent lourds.
Ce que l’on ne paie pas à la production, on le paie à l’organisation du système.
Et, in fine, c’est toujours le même qui paie : le peuple français.
Un tel choix est donc politique, au sens le plus grave du terme.
Il organise une dépendance nouvelle, non plus seulement envers les hydrocarbures, mais envers des marchés électriques volatils, vers des métaux stratégiques importés et des technologies produites hors de nos frontières.
Il transforme un système robuste en un ensemble fragile, dispersé, exigeant une intervention permanente et parfois aléatoire de l’État pour éviter la rupture, au prix de dépenses publiques et parafiscales croissantes qui se répercutent mécaniquement sur les factures.
Une nation qui doit subventionner sans cesse son énergie avoue qu’elle n’en a plus la maîtrise.
Plus grave encore, ce processus affaiblit la continuité même de l’État.
Une énergie intermittente appelle une politique intermittente.
Elle soumet la décision publique aux aléas climatiques, aux tensions extérieures, aux équilibres de marchés qu’elle ne commande pas.
Elle limite la capacité de planification industrielle, entrave l’aménagement du territoire, et expose la nation aux crises qu’elle ne peut plus prévenir, tout en transférant progressivement le coût de cette imprévisibilité sur les consommateurs finaux.
Ce n’est pas ainsi que la France a traversé, ni les grandes périodes ni les grandes épreuves de son histoire.
La grandeur ne s’inscrit pas dans la renonciation, ni dans la dilution de nos intérêts vitaux au sein de mécanismes abstraits.
Elle s’inscrit dans la lucidité, dans la durée, dans la fidélité à ce que nous sommes.
La France n’a pas vocation à être un terrain d’expérimentation énergétique, ni à être un élève appliqué de dogmes conçus ailleurs. Elle a vocation à décider pour elle-même, selon sa géographie, son industrie et son peuple.
L’indépendance énergétique est une condition de la souveraineté moderne et de la construction d’une destinée. L’abandonner, même progressivement, et même au nom d’objectifs présentés comme supérieurs, c’est accepter le risque d’un affaiblissement durable de notre pays, qui se manifestera aussi, très concrètement, par une hausse persistante du coût de l’énergie pour les ménages comme pour les entreprises.
L’Histoire est constante : les nations qui renoncent à leur capacité de décision finissent toujours par en payer le prix.
La France doit regarder loin, penser large, et agir ferme.
Elle ne peut troquer sa maîtrise contre l’illusion du consensus, ni sa souveraineté contre la facilité du moment.
Car un pays qui ne choisit plus son énergie ne choisit plus son destin.







