Les générations de français nés quelques années avant la libération ne risquent pas d’entrevoir les réelles conséquences de ce qui se trame dans les instances internationales. Nos hommes politiques eux non plus ne peuvent comprendre qu’une menace existentielle est sur le point de se concrétiser. Il faut avoir vécu la période 1939-1948 pour voir ce qui risque de nous arriver au plan alimentaire si nous français, ne sommes pas préparés. Nos dirigeants ont été élevés au lait de la globalisation, des échanges internationaux, du transfert de technologie et de la recherche du profit à tout prix.
Nos ancêtres connaissaient déjà les conséquences d’une invasion de produits pas chers venant de l’étranger. Colbert et d’autres déjà avant lui, avait compris qu’un peuple se devait de produire les biens qu’il consomme, en priorité chez lui et non pas ailleurs. Le surplus de production s’il existe peut alors faire l’objet d’échange contre d’autres produits ne pouvant en aucun cas provenir de chez nous (épices et autres…). A titre d’exemple, j’ai le souvenir d’une discussion dans les années 90 avec un grand industriel m’annonçant fièrement mettre sur le marché des produits achetés 70 fois moins cher en Chine et assurer ainsi une haute rentabilité à son entreprise ce qui lui permettait d’envisager de la vendre facilement à un fonds de pension étranger. On ne compte plus aujourd’hui les cas de ce type, où une fois vendue, l’entreprise périclite et ferme laissant ainsi son terrain seule valeur résiduelle à la construction d’immeubles sociaux pour des pauvres maintenant sans travail.
Notre pays était jusqu’à une période récente excédentaire au plan agricole. La France pouvait ainsi nourrir sa population. Les céréales, les viandes, les produits laitiers, les vins etc…abondaient. Aujourd’hui, la balance commerciale s’inverse et nous en connaissons la cause. Impossible de lutter à armes égales avec une concurrence dont les règles de production ne sont pas les nôtres.
La nature a fait que notre pays dispose de sols particulièrement propices à la vigne et notamment la vigne de grande qualité. Les Français boivent moins de vin ce qui pour certain est une bonne chose, le pays doit donc trouver des débouchés pour les excédents. Ainsi, à la condition que les vins se vendent, le produit de ces ventes pourraient si les viticulteurs voulaient bien l’accepter, subventionner les éleveurs ainsi que les paysans producteurs de denrées agricole nécessaires et les mettre ainsi à l’abri d’une concurrence impossible à contrecarrer. On comprend immédiatement que cela est impossible et que notre agriculture vivrière est en réel danger de mort.
Nos dirigeants nous demandent de nous préparer à la guerre, y compris de commencer à faire des provisions. Ils ont juste oublié l’arme agricole. Il ne vient à l’idée de personne que nos paysans sont nos soldats de l’arrière. Sans eux, pas de nourriture. Les légumes ne poussent pas dans les supermarchés et en cas de conflit, leurs rayons seront vides. En quelques jours, la pénurie sera quasi totale. Les camions, les bateaux, les trains, les avions ne circuleront plus ou très difficilement. Les routes seront encombrées, les aéroports, les gares, les ports bombardés. A Léningrad en 1942, on mangeait des rats et on a signalé plusieurs cas d’anthropophagie.
Pendant la Seconde Guerre Mondiale, la pénurie de nourriture toucha moins douloureusement les Français dont la moitié étaient alors agriculteurs. Une grande partie de la production agricole a été réquisitionnée par l’occupant. Un rationnement sévère fut instauré et le manque de nourriture toucha plus particulièrement les villes. Pour ceux qui pouvait se rendre à la campagne, on arrivait encore à trouver un peu de nourriture grâce à l’existence d’un monde rural aujourd’hui disparu, monde auprès duquel on pouvait dans le cadre du “marché noir“ négocier quelques produits (farine, œufs, etc…). Je suis de ceux qui ont eu faim. Le rêve était de mâcher un petit morceau de pain et de le garder longtemps en bouche afin d’essayer de lutter contre la douleur permanente d’un estomac vide. Cette frustration est aujourd’hui inconnue chez nous, mais elle pourrait bien revoir le jour par notre faute !
On est en droit de s’interroger aujourd’hui sur la manière dont les autorités seraient capables de nourrir la population et son armée en cas de conflit. Les petites exploitations agricoles étant en voie de disparition au profit de l’importation massive de produits étrangers à bas coût, le moment serait peut-être venu de s’interroger sur les mesures à prendre en cas de rupture d’approvisionnement.
Ce risque ne semble pas faire partie des préoccupations de nos stratèges. Il aura fallu la guerre en Ukraine pour apprendre que notre pays était dépendant de l’étranger pour son approvisionnement en munitions et pas seulement. Au moment où j’écris ces lignes, notre pays négocie avec le Mercosur qui signera la mort de ce qui reste de notre agriculture.
Faut-il que la France soit en guerre pour que nos politiques prennent enfin conscience que notre survie dépend avant tout de notre agriculture pour notre défense. En premier il faut se nourrir, en second avoir chaud et enfin être armé jusqu’aux dents.







