Le Rassemblement Gaulliste - ni système ni extrêmes

Dimanche 27 sep 2015

Une Espagne éparpillée façon puzzle ? - Jamet le dimanche !

Dominique Jamet, vice-président de Debout la France depuis 2012 mais également journaliste depuis... toujours tient chaque semaine sur le site de Debout la France une chronique où il commente très librement l'actualité politique.

Il n’y a pas si longtemps, la géographie politique de l’Europe telle que l’avaient dessinée et stabilisée les siècles nous paraissait définitivement fixée. Quand, venant de France, on franchissait les Pyrénées par l’Est ou par l’Ouest, on entrait en Espagne. Lorsqu’on avait traversé la Manche, par mer  ou, depuis peu, sous terre, on se retrouvait en Angleterre. A Barcelone, Saint Sébastien, Madrid ou Séville, comme à Manchester, Liverpool, Londres ou Edimbourg, on était à l’intérieur d’un même pays. Ces notions avaient la simplicité de l’évidence.

Etaient-elles trop simples ? Un même prurit de déconstruction et de reconstruction démange aujourd’hui la Catalogne, le Pays basque  ou l’Ecosse et menace l’unité de l’Espagne comme celle de la Grande-Bretagne. Cette unité façonnée par l’histoire, héritée du passé, sur la base d’un destin partagé, de souvenirs communs, d’un même patriotisme, d’un même refus de se soumettre face à l’envahisseur, qu’il s’appelle  Napoléon ou Hitler, est mise en péril par un indépendantisme à courte vue, fait de rancunes, de frustrations, de rêves de grandeur, de désirs de revanche mais aussi, il faut le dire, d’un solide et sordide égoïsme qui vise à dispenser les régions les plus riches de payer pour les plus pauvres.

Le vote qu’émettront aujourd’hui trois ou quatre millions d’électeurs catalans à l’occasion du renouvellement de leur Parlement autonome dira si la Generalitat fait un pas de plus sur la route de la sécession ou si, tous comptes et toutes réflexions faits, elle s’en tient à un avantageux statu quo auquel leurs parents et leurs ancêtres n’auraient jamais cru possible et même rêvé d’accéder.

La Constitution décentralisée de l’Espagne actuelle garantit à la Catalogne comme au Pays basque le respect de leur personnalité, de leur dignité, de leur fierté, de leur identité, de leurs particularismes linguistiques, culturels et autres et la gestion autonome de leurs finances. Faut-il aller plus loin ?

Le morcellement des grands ensembles qu’a si laborieusement bâtis l’histoire va dans le sens d’un fédéralisme supra-national, donc à proprement parler apatride, dont l’objectif est de faire éclater les solides structures qui ont fondé et perpétué les grandes nations du continent  pour les réduire à une sorte de gélatine dans laquelle seraient taillés des sous-ensembles, prélude artificiel à des Etats-Unis d’Europe. La Grande-Bretagne serait-elle toujours  grande dans l’hypothèse où l’Ecosse prenant le large elle ne serait plus qu’un Royaume-Désuni ? Sous couleur d’une dénonciation des abus du jacobinisme, une vaste offensive concertée, qui ne se limité pas aux deux pays pris en exemple, s’en prend à l’unité et à l’indivisibilité des Etats-nations.

Où trouver le juste équilibre entre les excès passés du centralisme monarchique ou républicain et l’émiettement façon puzzle de l’Europe ? On ne saurait trop méditer la superbe et fameuse apostrophe du grand écrivain et philosophe Miguel de Unamuno. Recteur de l’Université de Salamanque en 1936 et contraint d’assister dans sa ville conquise au banquet de la victoire phalangiste, il répliquait au général franquiste Millan Astray qui parlait de noyer dans le sang toute velléité autonomiste : « Une Espagne sans Pays basque et sans Catalogne serait comme vous, mon général, borgne et manchote… »

Dominique Jamet