Le Rassemblement Gaulliste - ni système ni extrêmes

Vendredi 12 jan 2018

80 km / heure sur 388 000 kilomètres de mauvaises routes, pour finir d’abandonner les Territoires, en toute bonne conscience !

Personne n’est pour la mortalité routière et un seul mort par an serait encore un mort de trop. Personne n’est indifférent au sort des blessés sur la route, aux souffrances des familles, aux milliards par an de frais médicaux à la charge de la collectivité. Mais qui peut croire que ralentir à 80 km/h les automobilistes sur les routes nationales et départementales sans séparateur central soit la juste solution à privilégier, alors que l’expérimentation en Haute-Saône sur deux ans n’a rien donné de probant ?

Les Français éloignés des métropoles, roulant dans des véhicules diesel surtaxés d’encore 10 % (de plus) en 2018, auront bientôt le droit de rouler à la vitesse des camions ou des voitures de leurs grands-parents. Alors que partout c’est l’éloge de la rapidité qui prévaut (réseaux sociaux, internet, fibre optique, trains à grande vitesse, trafic aérien en progression exponentielle), source incontestable d’enrichissement et d’efficacité, sur nos routes nationales et départementales de province il faudra rouler… de moins en moins vite.

En réalité notre Etat gaspilleur pour les métropoles et impécunieux pour nos campagnes a laissé à l’abandon nos voies ferrées (le désastre de Brétigny est encore dans toutes les mémoires comme les pannes géantes à répétition de ces derniers mois), mais aussi le reliquat de réseau routier national à sa charge. Le budget d’entretien et d’amélioration des routes à la charge de l’Etat et des départements s’est écroulé ces dernières années. L’Etat s’est débarrassé en 2004 de 18 000 km de nationales sur des départements sans le sou. Désormais ce sont les départements qui tentent pour beaucoup de transférer leurs réseaux de routes départementales aux… communautés de communes !

A quand le transfert aux particuliers, chacun son nid de poule, et ainsi la boucle sera bouclée et la décentralisation aura eu raison, en ce domaine comme dans d’autres, de la Nation ? !

Plutôt que de mobiliser les ressources pour améliorer le réseau des nationales, en multipliant les tronçons à quatre voies, nos gouvernants se donnent bonne conscience, pour pas cher, en ramenant la vitesse de nos concitoyens des territoires les plus précarisés à 80 km/h. Les fournisseurs de panneaux à 2000 euros pièce, eux, se frottent les mains…

Et pour encore un peu plus de bonne conscience, l’Etat-nurserie, « dans le vent », invoque la sacrosainte « égalité » en arguant qu’en Ile-de-France (bien pourvue en axes routiers de qualité) la mortalité routière est de 28 par million d’habitants, alors qu’elle grimperait jusqu’à 100 dans certaines provinces. La solution n’est donc pas la vitesse mais la qualité des routes et l’information aux conducteurs !

Après avoir détruit un million d’emplois industriels en 10 ans, pour beaucoup dans cette France des territoires où l’Etat est incapable de construire ou d’entretenir des routes dignes de ce nom pour desservir les dernières usines, les gens iront toujours bien assez vite pour aller renouveler leur inscription à Pôle emploi… Si l’un ou l’autre arrive trop tard, cela améliorera la statistique du chômage, élément clé d’une bonne communication gouvernementale, comme chacun le sait.

Le cynisme de notre actuel gouvernement s’illustre sur ce sujet, comme sur d’autres. Qu’il ne compte pas sur nous pour le juger en 2019 sur les résultats en matière d’accidents de la circulation (Chirac et Sarkozy nous ont déjà fait le coup), mais plutôt sur l’impact de sa politique :

-        sur les 6 500 000 inscrits à Pôle emploi dans les trois catégories ;

-        les 8 600 000 pauvres (hors migrants) que compte notre pays ;

-        son abyssal déficit du commerce extérieur, sans doute 70 milliards en 2017 (en forte hausse) contre 227 milliards d’excédent sur 11 mois en Allemagne ;

-        son déficit budgétaire de 70 milliards en hausse également contre un excédent de 42 milliards en Allemagne.

Pour l’instant le gouvernement Philippe est dans une phase législative et de communication, magistralement jouée, rien d’autre, ou presque.

La comparaison en tendance avec les résultats économiques et sociaux des politiques menées en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis ou plus près de nous en Hongrie ou en Pologne sera bientôt intéressante à observer.

 

Philippe Torre

Maire de Berlancourt (Aisne)

Délégué National à l'Equilibre du territoire